Cinq ans après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, le dossier connaît un nouveau développement majeur. Joseph Félix Badio, considéré par les autorités américaines comme l’un des principaux suspects dans cette affaire, ainsi que 17 ressortissants colombiens, ont été transférés d’Haïti vers les États-Unis afin de comparaître devant la justice fédérale américaine.
L’opération a été annoncée par le Department of Justice (DOJ) des États-Unis le 19 septembre 2026. Selon les autorités américaines, les 18 personnes ont été transportées vers le sud de la Floride pour faire face à des accusations fédérales liées à l’assassinat de Jovenel Moïse.
Félix Badio et 17 Colombiens concernés
Joseph Félix Badio, ancien employé du ministère haïtien de la Justice, fait partie des personnes transférées. Il était détenu en Haïti dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse, tué le 7 juillet 2021 dans sa résidence privée à Pétion-Ville.
Les 17 autres personnes transférées sont des ressortissants colombiens, pour la plupart d’anciens militaires. Leur implication présumée dans l’opération ayant conduit à la mort du président faisait déjà l’objet de poursuites devant la justice haïtienne.
Le gouvernement colombien a indiqué suivre le transfert de ses ressortissants vers les États-Unis, tout en précisant que Bogotá n’avait pas participé à la décision ni au processus ayant conduit à leur transfert.
Une nouvelle étape dans une affaire qui dure depuis cinq ans
Pour les autorités américaines, ce transfert représente une nouvelle étape dans les poursuites liées à l’assassinat de Jovenel Moïse.
Le procureur fédéral américain Jason A. Reding Quiñones a déclaré que les autorités américaines poursuivraient leurs efforts pour identifier toutes les personnes qui auraient pu financer, faciliter, soutenir ou exécuter le complot.
Le Département américain de la Justice indique que 30 personnes ont désormais été inculpées dans le cadre de l’affaire.
Cette procédure intervient alors que l’enquête et les procédures judiciaires en Haïti ont été confrontées à d’importantes difficultés, notamment l’insécurité et les menaces pesant sur le système judiciaire.
Quatre accusés déjà condamnés aux États-Unis
Le développement de septembre intervient quelques mois après une décision importante de la justice américaine.
En mai 2026, un jury fédéral à Miami a reconnu coupables quatre personnes pour leur rôle dans le complot visant Jovenel Moïse : Arcangel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, Walter Veintemilla et James Solages.
Les quatre hommes ont notamment été reconnus coupables de chefs d’accusation liés au complot visant à tuer ou enlever une personne à l’étranger et à fournir un soutien matériel à une opération ayant entraîné la mort du président haïtien. Ils encourent la prison à perpétuité.
Pourquoi les États-Unis poursuivent-ils cette affaire ?
Une partie des activités liées au complot aurait impliqué des personnes, des entreprises et des ressources situées aux États-Unis. La justice américaine considère donc disposer d’une compétence pour poursuivre certains faits liés à l’opération.
Les autorités américaines ont également indiqué que leur enquête ne se limitait pas aux exécutants présumés. Elles cherchent à établir le rôle éventuel de personnes ayant financé, organisé ou facilité l’opération.
Le transfert de Badio et des 17 Colombiens pourrait ainsi permettre aux enquêteurs et aux procureurs américains d’interroger de nouveaux suspects et de présenter davantage d’éléments devant un tribunal fédéral.
Une affaire toujours loin d’être entièrement élucidée
L’assassinat de Jovenel Moïse demeure l’une des affaires criminelles et politiques les plus importantes de l’histoire récente d’Haïti.
Le transfert vers les États-Unis de 18 personnes constitue une évolution significative du dossier, mais il ne signifie pas que toutes les responsabilités ont été établies. Les personnes transférées demeurent présumées innocentes jusqu’à ce que leur culpabilité soit établie par une juridiction compétente.
La justice américaine devra désormais examiner les accusations portées contre chacun des prévenus et déterminer, au terme des procédures, les responsabilités individuelles.
Pour Haïti, la question centrale demeure celle de la vérité complète sur les circonstances de l’assassinat du président Jovenel Moïse : qui a planifié l’opération, qui l’a financée, qui l’a facilitée et qui en a exécuté les différentes étapes ?
Le dossier judiciaire américain pourrait apporter de nouveaux éléments à ces questions, alors que les procédures haïtiennes continuent également d’évoluer.
